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CORONAVIRUS - Les marques de vêtements doivent prendre des mesures pour protéger les travailleur.euse.s de leurs filières

23-03-2020

Des centaines de milliers de travailleuses de l'habillement ont eu leur contrat suspendu pour interruption de la production. Ce schéma se dessine à travers  le monde et, pour ce secteur, surtout en Asie, avec des rapports faisant état d'un grand nombre d'usines menaçant de fermer des Philippines au Myanmar en passant par le Bangladesh.

Dans de nombreux pays, les gouvernements et les marques sont étrangement silencieux sur les mesures à prendre pour protéger les travailleurs contre l'épidémie et l'aggravation de la pauvreté. Or, un devoir de diligence impose aux marques et enseignes de s’assurer du respect des droits humains des travailleur.euse.s tout au long de leurs filières d'approvisionnement. Pour une lecture rapide lire les conclusions.

Le coronavirus a atteint un niveau de pandémie mondiale et touche les populations du monde entier. Parmi elles, les travailleur.euse.s des filières d'approvisionnement mondiales en vêtements. En temps normal, ces travailleur.euse.s vivent déjà dans des situations précaires en raison de leurs bas salaires, de leurs conditions de travail et de la répression généralisée des droits à la liberté d'association. Sans capacité d’épargne et sans sécurité sociale, ces travailleur.euse.s doivent maintenant affronter une crise sanitaire, sociale et économique particulièrement grave.

"Les travailleur.euse.s de l'habillement vivent au jour le jour. Si ils ou elles perdent leur emploi, c’est leur salaire mensuel qui sera perdu et avec lui la possibilité de nourrir leur famille."    Kalpona Akter, présidente de la Fédération des travailleurs de l'industrie de l'habillement du Bangladesh.

La situation est encore plus inquiétante pour les travailleur.euse.s migrant.e.s qui n'ont pas forcément de réseaux sociaux locaux sur lesquels compter et qui pourraient être confrontés à des restrictions supplémentaires ou à la xénophobie.

 

 

« Marques et enseignes d’habillement ont tiré profit du travail des travailleur.euse.s du Cambodge. Ces entreprises doivent aujourd’hui garantir la protection de la vie et des moyens de subsistance de ces travailleur.euse.s. »    Tola Moeun, Directeur exécutif du Center for Alliance of Labor and Human Rights, Cambodge 


 

 

 

 

Des centaines de fermeture d’usines

Les rapports des médias et les informations directes recueillies par notre réseau (voir aussi l’info au jour le jour sur le liveblog de la Clean Clothes Campaign1), montrent que de nombreuses usines ferment ou risquent de fermer. Ces fermetures sont dues à l’arrêt de l’approvisionnement en matières premières en provenance de Chine, à la réduction des commandes liées notamment à la fermeture des magasins notamment en Europe, ainsi qu’aux initiatives prises par les gouvernements pour des raisons de santé publique. Cela touche un certain nombre de pays tels que notamment le Cambodge, le Myanmar (Birmanie), le Sri Lanka, le Bangladesh, l'Indonésie, l'Albanie et les pays d'Amérique centrale.

« Les rapports des médias affirment que les marques qui sous-traitent au Bangladesh annulent les commandes, y compris certaines qui ont déjà été passées, et demandent dans certains cas des remises sur les commandes déjà passées. » Live blog de la Clean Clothes Campaign

La situation est particulièrement grave au Cambodge et au Myanmar. Selon les rapports des médias et de notre réseau, environ 10% des usines de confection de la région de Yangon au Myanmar sont maintenant temporairement fermées et les travailleurs de la confection ne reçoivent plus leurs salaires. Au Myanmar, les travailleur.euse.s ont droit à une indemnité de licenciement si leur usine est à l’arrêt plus de trois mois. Cependant, l'indemnité de licenciement elle-même ne représente que la moitié d'un mois de salaire par année travaillée dans l’usine, sans prendre en compte la période d'essai initiale de six mois. Etant donné que de nombreuses usines au Myanmar n'ont ouvert qu'au cours des cinq dernières années, et que la rotation du personnel y est très élevée, de nombreux.euses travailleur.euse.s se retrouvent sans rien.

Selon les rapports des médias et les informations de notre réseau, les fermetures d'usines sont également utilisées pour réprimer les tentatives d'organisation des travailleur.euse.s dans tout le pays. Par ailleurs, les travailleurs craignent que leurs congés payés à l’occasion des 10 jours fériés de la fête de l’eau ne leur soient pas accordés du fait de l’annulation des festivités publiques.

La situation au Cambodge est tout aussi préoccupante. Des dizaines de milliers de travailleur.euse.s de l'habillement pourraient perdre leur emploi dans les semaines à venir si l’approvisionnement en matières premières ne s'améliore pas. En vertu de la loi cambodgienne, les employeurs doivent demander une autorisation avant de suspendre des travailleurs et doivent leur verser 40 % du salaire minimum mensuel de 190 dollars1. Cependant, certaines usines ont suspendu des travailleur.euse.s sans autorisation. Nombre d’entre eux sont déjà endettés et empruntent pour compenser les insuffisances de leurs bas salaires. Ils se trouvent maintenant dans une situation où ils ne peuvent pas débourser les mensualités dues risquant de perdre la terre familiale mise en gage du prêt.

1 - Les rapports du gouvernement suggèrent maintenant que les travailleurs pourraient recevoir 60 % du salaire minimum pendant six mois.

Marques et enseignes de vêtements doivent agir d'urgence

" Marques et enseignes d’habillement ont tiré profit du travail des travailleur.euse.s du Cambodge. Ces entreprises doivent aujourd’hui garantir la protection de la vie et des moyens de subsistance de ces travailleur.euse.s, a déclaré Tola Moeun, directeur exécutif du Centre pour l'alliance du travail et des droits de l'homme (CENTRAL).

Leur devoir de diligence impose aux marques et enseignes de s’assurer du respect des droits humains des travailleur.euse.s tout au long de leurs filières d'approvisionnement. Avec son réseau international, achACT leur demande instamment de prendre immédiatement des mesures proactives pour protéger les travailleur.euse.s qui fabriquent leurs vêtements contre les répercussions de cette pandémie mondiale. Elles doivent veiller à ce que ces personnes qui ont rendu leurs importants profits possibles grâce à des emplois sous-payés et non protégées ne portent pas le fardeau financier de la crise industrielle actuelle.

Plus précisément, en temps de crise pandémique, les marques doivent :

- s'assurer que leurs fournisseurs suivent les exigences ou recommandations de leur gouvernement concernant la suspension des grands rassemblements et, si nécessaire, ferment leurs usines pour la durée appropriée afin de protéger la santé des travailleur.euse.s et de leurs communautés, tout en maintenant tous les contrats des travailleurs et le paiement de leurs salaires réguliers complets; "Si les travailleur.euse.s sont licencié.e.s, les marques devraient assurer des paiements immédiats aux usines afin que les travailleurs reçoivent la totalité de leurs indemnités de licenciement légales." Kalpona Akter, présidente de la Fédération des travailleurs de l'industrie de l'habillement du Bangladesh. 

- veiller à ce que les personnes qui sont renvoyées chez elles par manque de travail soient indemnisées à hauteur de leur salaire normal ; Les travailleurs devraient être autorisés à rester chez eux jusqu'à ce que la situation soit gérable - et les marques doivent s'assurer qu'ils reçoivent leur salaire régulier, leur prime de présence et leur allocation de chambre/transport pendant cette période." Tola Moeun, directeur exécutif du Centre pour l'alliance du travail et des droits de l'homme (CENTRAL). 

- veiller à ce que les travailleur.euse.s qui contractent le virus, ou qui soupçonnent qu'ils en sont porteurs, puissent prendre un congé de maladie sans répercussion négative et soient indemnisé.e.s à hauteur de leur salaire normal pendant la période de rétablissement et d'auto-isolement;

"Les marques doivent se tenir aux côtés des travailleur.euses qui confectionnent leurs vêtements et prendre des mesures actives pour s'assurer qu'ils/elles continuent de percevoir leur salaire pendant la fermeture de l'usine ou les congés de maladie."

 

 

- veiller à ce que, lors de la réouverture des usines, les délais de commande soient réévalués afin d'éviter que les travailleureuse.s ne fassent des heures supplémentaires obligatoires pour rattraper les retards ;

- veiller à ce que les mesures de lutte contre le virus ne restreignent pas indûment la liberté de circulation des travailleur.euse.s ou leur liberté d’association;

 - veiller à ce que les travailleur.euse.s de leurs fournisseurs reçoivent des informations précises et actuelles de la part de leurs employeurs.

CONCLUSIONS

La crise du coronavirus révèle pour certains les risques liés à la dépendance de nos économies vis-à-vis de filières d’approvisionnement lointaines. Elle semble plaider pour une relocalisation de la production. Mais plutôt que la distance, la menace ne vient-elle pas du manque de transparence des filières d’approvisionnement ? Et la gravité de ses conséquences n’est-elle pas liée à l’absence de règles qui permettent aux marques et enseignes, notamment européennes, de s’approvisionner à des prix dérisoires ne permettant pas aux travailleur.euse.s de bénéficier d’une protection sociale ni aux Etats de construire un système sanitaire digne de ce nom ?

La crise actuelle nous invite en tout cas à une profonde remise en cause du modèle d’affaires tel que mis en place dans l’industrie mondialisée de l’habillement depuis les années ’70.  

Externalisation de la production dans des pays à bas salaires sans responsabilité du donneur d’ordre sur les conséquences de ses pratiques accroissent la vulnérabilité des travailleur.euse.s concernées face notamment au coronavirus, que ce soit au Bangladesh, Cambodge, Myanmar, ou au sein de l’Union européenne, en Roumanie, Bulgarie ou Macédoine du Nord par exemple.

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