Vous êtes :  Accueil > Actualités

Cambodge - Marks & Spencer doit indemniser les travailleuses de Chung Fai

recherche
par marque

A.S. AdventureAdidasAldi
AppleAsics
B&CBel&BoBenetton
BershkaC&A
CarrefourCasinoCassis
ChampionCharles Vögele
ColruytCora
Diadora
DieselDisneyDreamland
E5 ModeEsprit
FilaFilippa K
G-StarGapGsus Industry
H&MHasbro
HemaHitachiHTC
InditexInno
InWearJack&JonesJBC
Kappa
LacosteLeeLevi's
LG ElectronicsLidl
Lola&LizaLottoM&S Mode
MangoMarks & SpencerMassimo Dutti
MattelMaxitoysMayerline
Mer du NordMexxMizuno
MotorolaNew Balance
New YorkerNikeNitendo
NokiaO'NeillOlivier Strelli
OnlyOtto
PaprikaPimkiePlayStation
PremamanPromod
Pull & BearPumaReebok
RIMRiver Woodss.Oliver
SamsungScapa Sports
Sony EricssonSpeedoSpringfield
Street OneSuperdry
Talking FrenchThe Cotton Group
ToysRusTrafic
TriumphUmbroUterquë
Vero Moda
WEWilson
WranglerXboxZara
Zeeman

par produit

Ballons de footConsole de jeuxGSM
JeansJouetOrdinateur portable
SmartphoneTablettesVestes
Vêtements de modeVetements et chaussures de sportVêtements promotionnels

Bob l'Eponge, Barbie, Flash McQueen. Des héros fabriqués au mépris des droits humains.

01-12-2011

Flash Mc Queen, Bob l’Eponge, Dora l’exploratrice, Winnie the Pooh... En cette fin d’année – période par excellence pour les cadeaux – les héros de dessins animés sont partout et sous toutes les formes (figurine, jeux, nounours,…). Derrière cette opulence, un merchandising bien organisé par les géants du jouet. Dont, la firme américaine Mattel.

Si question marketing, la multinationale semble intégrer les règles qui prévalent. Il n’en va pas de même avec les conventions internationales du travail. Un nouveau rapport révèle des violations des droits des travailleurs dans deux usines chinoises, fournisseurs de Mattel. Le leader mondial du jouet est mis en cause.

Côté pile : les rêves des enfants européens

Tous les enfants ne rêvent qu’à une seule chose : avoir le dernier jeu à la mode, recevoir leur héros de dessin animé préféré dans toutes les versions possibles ou encore leur première Barbie.
Derrière ces rêves d’enfants, se cache un commerce très fructueux. Les cadeaux de Saint-Nicolas, Noël et Nouvel an représentent en effet plus de la moitié des achats de jouets effectués en Belgique sur une année. Les grandes marques l’ont compris. C’est ainsi qu’en cette période de Saint-Nicolas nos magasins débordent des derniers héros à la mode.

Derrière ces jeux à l’effigie des héros de dessins animés, on retrouve notamment la firme Mattel. Avec 4,36 milliards d'euros de chiffre d’affaires, la société américaine est un des plus grands producteurs mondiaux de jouet. Cette multinationale superpuissante est mondialement connue pour les marques de jeux : Fisher Price, Little People, Uno, Scrabble et Barbie ! A côté de ces marques, elle détient également les licences pour les personnages de Disney, Disney Pixar et Nickelodeon.

Côté face : la désillusion des travailleurs asiatiques

Si on peut apprécier la gamme de produits de Mattel, on se réjouit beaucoup moins de savoir que derrière la magie, le rêve et le jeu, se cache une réalité beaucoup moins belle…

En 2009 et 2010, des enquêtes menées par des organisations chinoises, la SACOM et le China Labour Watch, auprès d’usines sous-traitantes de Mattel en Chine avaient déjà révélé de nombreuses violations des droits des travailleuses. Des conditions de travail indécentes que le suicide, le 16 mai 2011, d’une travailleuse chinoise de Sturdy Product- Taiquiang, un fournisseur de Mattel, venait nous rappeler de manière tragique. Mattel s’était alors dégagé de toute responsabilité invoquant « un fait isolé sans rapport avec les conditions de travail ». Une réponse qui a du mal à tenir la route.

China Labor Watch, une organisation non-gouvernementale chinoise, basée à Honk-Hong, vient de publier, en Novembre 2011, les résultats d’enquêtes menées chez deux fournisseurs chinois de Mattel : Jida Toy et Dongguan* Grand Plastic Cement Products**. Des conditions de travail dangereuses et dégradantes sont pointées du doigt. Les violations aux lois locales du travail et du code de conduite de Mattel sont nombreuses.

Les chercheurs ont notamment mis à jour des durées de travail excessives. En septembre 2011, en plein pic de production pour Noël, les travailleuses chinoises de Jida Toy ont presté 11 heures par jour, 6 jours sur 7, soit bien au-delà de la limite légale autorisée. En août, elles n’avaient déjà eu qu’une seule journée de repos et avaient travaillé 30 jours d’affilée. Situation semblable à Dongguan Grand Plastic Cement Products où le nombre d’heures supplémentaires s’élèvent à 72 heures par mois – soit le double des 36 heures maximum stipulées dans le contrat de travail.

Dans cette usine, les salaires sont, de plus, maintenus à des niveaux très bas à cause des quotas de production impossibles à remplir. Atteindre déjà 80% du quota est une épreuve très difficile. Et s’ils n’y arrivent pas, les travailleurs s’exposent à des amendes ou des sanctions. Dans certains cas, le superviseur les agresse verbalement de manière tellement violente que certains travailleurs ne s’en sont pas remis et ont quitté l’entreprise.

Une travailleuse à Dongguan gagne 1600 Yuan (188€) par mois. A Jida Toy, le salaire de base est de 1.800 Yuan (211,5€) et peut parfois atteindre 2.200 Yuan (258,5€) avec les heures supplémentaires.
Du fait des salaires extrêmement faibles, les travailleurs n’ont pas d’autre choix que d’accepter, contre une partie de leur salaire, les dortoirs et la nourriture proposés par les usines. La qualité de vie y est très faible. A Jida Toy, il n’y a pas de vitres aux fenêtres des chambres.

Dans les deux implantations, les travailleurs ont également indiqué aux chercheurs être exposés à des substances dangereuses sans protection adéquate. Des gants et des masques sont fournis à Jida Toy mais les travailleuses ne les portent pas tant il fait chaud et étouffant à l’intérieur de l’usine.
Dans le département peinture, il est difficile de respirer tant les vapeurs de peinture sont importantes, témoigne une travailleuse de Dongguan Grand Plastic Cement Products.

Pour aller aux toilettes ou boire un verre d’eau, les travailleurs et travailleuses doivent demander l’autorisation de leur superviseur. Chaque ligne d’assemblage n’a droit qu’à une seule permission à la fois, ils doivent donc attendre leur tour.

Récemment, 500 travailleurs ont tenté de s’organiser pour améliorer les conditions de travail. Ils ont été licenciés, révèle le rapport.

Les enquêteurs ont également constaté des faits de discrimination à l’égard des travailleuses. Dongguan Grand Plastic Cement Co. emploie 60% de femmes. Ces dernières sont continuellement victimes de harcèlement physique et verbal de la part de leurs collègues masculins et de la direction.

De telles situations sont dénoncées depuis des années dans le secteur de l’industrie du jouet. Si c’est aujourd’hui Mattel qui est visé, c’est tout un système qui est à remettre à cause. Des filières d’approvisionnement aux pratiques d’achat.

ICTI CARE, une certification internationale qui a du plomb dans l’aile

Il est inquiétant de constater que les usines incriminées par les rapports d’enquêtes sont toutes des usines certifiées par le Conseil International de l’Industrie du Jouet (ICTI) dans le cadre de son « programme CARE » pour une « fabrication éthique des jouets » dont l’objectif annoncé est d’assurer des pratiques d’emploi honnêtes dans l’industrie du jouet.

Ce programme a été mis en place, en 2005. Son but : « permettre à l’industrie du jouet dans le monde, de garantir aux consommateurs que ses produits sont fabriqués dans des conditions sûres et humaines, en fournissant éducation et formations pour les employés du jouet et en mettant en application un programme de contrôle des usines de jouets approfondi et cohérent ».

Pour ce faire, le processus s’articule autour de deux volets : la certification d’usines – moyennant la réalisation d’un audit prouvant la conformité aux exigences du code – et l’engagement des marques et distributeurs de jouets.

De la théorie à la pratique, le fossé est grand.
Depuis des années, achACT dénonce les limites de ce processus de certification essentiellement basés sur la multiplication d’audits sociaux et issus de démarches d’entreprises sans réelles implications des autres parties intéressées (syndicats, ONG).

Outre l’absence totale de représentation des travailleurs, le principal écueil du programme est le manque de transparence. La fédération internationale du jouet ne publie en effet ni les rapports d’audits, ni la liste des fournisseurs pour chaque marque et distributeur.
Autre critique à l’encontre du programme, les pratiques d’approvisionnement des marques et distributeurs ne sont pas remises en questions. Or, comment les usines peuvent-elles satisfaire aux conditions du programme CARE quand leurs entreprises clientes leur imposent des délais et des prix irréalistes pour leurs commandes ? En n’imposant d’obligations qu’aux usines fournisseurs, le processus ne s’attaque pas à l’une des causes principales de la violation des droits des travailleurs.

 

Télécharger le rapport de China Labor Watch (en Anglais)

Télécharger le Communiqué de Presse (01/12/2011)

 


 

* Jida Toy fabrique principalement du ciment plastique, des pièces métalliques, l'électronique et les jouets en peluche

** Dongguan Grand Plastic Cement Products fabrique principalement des objets en plastique à usage domestique et des jouets en plastique (dont des voitures), des lits pour enfants,...

25 organisations membres

avec le soutien de

réseaux internationaux