Vous êtes :  Accueil > Actualités

Cambodge - Marks & Spencer doit indemniser les travailleuses de Chung Fai

recherche
par marque

A.S. AdventureAdidasAldi
AppleAsics
B&CBel&BoBenetton
BershkaC&A
CarrefourCasinoCassis
ChampionCharles Vögele
ColruytCora
Diadora
DieselDisneyDreamland
E5 ModeEsprit
FilaFilippa K
G-StarGapGsus Industry
H&MHasbro
HemaHitachiHTC
InditexInno
InWearJack&JonesJBC
Kappa
LacosteLeeLevi's
LG ElectronicsLidl
Lola&LizaLottoM&S Mode
MangoMarks & SpencerMassimo Dutti
MattelMaxitoysMayerline
Mer du NordMexxMizuno
MotorolaNew Balance
New YorkerNikeNitendo
NokiaO'NeillOlivier Strelli
OnlyOtto
PaprikaPimkiePlayStation
PremamanPromod
Pull & BearPumaReebok
RIMRiver Woodss.Oliver
SamsungScapa Sports
Sony EricssonSpeedoSpringfield
Street OneSuperdry
Talking FrenchThe Cotton Group
ToysRusTrafic
TriumphUmbroUterquë
Vero Moda
WEWilson
WranglerXboxZara
Zeeman

par produit

Ballons de footConsole de jeuxGSM
JeansJouetOrdinateur portable
SmartphoneTablettesVestes
Vêtements de modeVetements et chaussures de sportVêtements promotionnels

Il faut obliger les marques à assurer un salaire vital aux travailleurs de l’habillement.

14-10-2015

Impressions de deuxième journée du Forum Living Wage Now, par Marc Molitor. 

Les exposés et discussions de cette deuxième journée de forum ont tourné surtout autour du caractère volontaire ou obligatoire  de la responsabilisation des marques et distributeurs  dans le contrôle de toute la chaîne de fournisseurs auxquels ils passent commande et qui finalement dépendent d’eux.

Les codes de conduite volontaires et la « Responsabilité Sociale des Entreprises » (RSE) des entreprises ont montré leurs limites, et la pression est grande aujourd’hui pour passer à des systèmes plus contraignants : ils s’inscriraient dans le sillage des principes directeurs de l’ONU et de l’OCDE sur les droits humains que les entreprises doivent respecter dans leurs activités. Une « due diligence », c’est à dire un devoir de s‘activer raisonnablement vite pour régler les graves problèmes qui se posent dans le secteur : identifier les problèmes, les prévenir, évaluer les risques. C’est bien, mais syndicats et ONG s’impatientent, il s’agit aussi de les atténuer et de les faire disparaître.

Entre le volontaire pur et la loi qui oblige et protège, des pas importants ont évidemment été accomplis par l'accord sur la sécurité et les incendies au Bangladesh et celui sur le syndicalisme en Indonésie. Des accords internationaux d’un genre inédit et prometteurs qui s’attaquent aux causes concrètes de problèmes spécifiques, la sécurité des fabriques dans le premier cas, la liberté syndicale dans le second.  Mais il faudra qu’ils se multiplient et amplifier leur caractère obligatoire, transparent, vérifiable et très concret, avec une large et directe participation des travailleurs concernés et des soutiens internationaux.

Les marques présentes (C&A et Inditex) expliquent leur engagement croissant en ce sens. La représentante de l’OCDE insiste sur la révision permanente des pratiques d’achat des grandes marques car même si les salaires et les conditions de travail peuvent être améliorés, cela est vite remis en question par les exigences brusques, massives et rapides des distributeurs et marques, notamment pour le renouvellement rapide des collections qui doivent être prêtes à des échéances rapprochées. Des pratiques auxquels sont poussés les consommateurs par un marketing incessant, et qui pèsent en bout de chaîne sur les travailleurs.

Mais, outre modifier leurs pratiques d’achat – ce qui laisse l’assistance encore sceptique - , que sont prêtes à faire les marques et distributeurs pour promouvoir un salaire vital  largement supérieur aux salaires de misère pratiqués  aujourd’hui ? L’Asia Floor Wage estime que les marques devraient financer en partie cette hausse, puisque ce sont elles qui, avec les grands distributeurs, s’approprient l’essentiel de la valeur des produits fabriqués par toute la chaîne. On en est encore loin.  Un représentant d’IndustriAll , syndicat international, estime aussi que les marques peuvent mettre la main au portefeuille et ne peuvent invoquer le lien entre le salaire et la productivité pour se dérober, quand on est dans des niveaux de salaire si bas.

Les entreprises répondent qu’elles ne peuvent pas tout imposer à leurs fournisseurs, et qu’il faut avant tout promouvoir l’organisation des travailleurs, pour avoir des interlocuteurs forts face aux fournisseurs et aux gouvernements locaux, qui doivent être impliqués aussi. Tout le monde est d’accord évidemment, d’autant plus que le syndicalisme est souvent réprimé dans la région. Mais n’est ce pas aussi une façon de botter en touche, de se  dédouaner  (intéressant de voir les marques promouvoir le syndicalisme…) ? Non répondent les représentants du groupe  Inditex (Zara etc…) , qui affirment  vouloir rester dans le long terme dans la région et qui estiment qu’une clé de ce futur réside dans la montée en puissance des travailleuse et travailleurs, mieux formés et organisés . On prend acte…

Mais qu’alors « les grands groupes internationaux acceptent de s’impliquer dans des négociations directes avec nous », réplique les syndicalistes cambodgiens qui espèrent un cadre de négociation permanent et ferme qui implique tous les acteurs, fournisseurs et gouvernements et syndicats  locaux, syndicats et marques et distributeurs internationaux. Il faut même unifier les syndicats, diminuer le nombre d’acteurs trop dispersé dit-il, rejoint en cela par le représentant  d’Industriall.

Un intervenant, la confédération syndicale internationale réplique aussi que les grandes marques peuvent faire pression sur les gouvernements pour la reconnaissance des syndicats, et même sur leurs fournisseurs pour cette reconnaissance, sans attendre nécessairement celle de l’état. 

Une intervenante met en garde sur une dérive dangereuses qui verrait les grandes entreprises se finalement se substituer aux états qui doivent jouer toujours un rôle essentiel, en Europe comme dans les pays de production. Et puis aux consommateurs-électeurs de faire aussi pression. « On pourrait même demander certaines interdictions de vente »  dit-elle, plus sceptique sur toutes les initiatives volontaires. L’heure est aux lois.

Des Parlementaires et représentants d la commission européenne étaient présents pour évoquer l’implication de l’Union - notamment après la catastrophe du Rana Plaza -, dans  ce dossier. Ainsi, le projet de « flagship initiative » pour  promouvoir les droits des travailleurs, la sécurité et les salaires dans la chaîne mondiale de la confection. Là aussi le débat tourne autour de la nécessité de contraintes législatives fortes que prônent  certains, tandis que la commission veut promouvoir des initiatives volontaires  avant de passer au législatif, qui est parfois techniquement très compliqué. Pour la CCC Inneke  Zeldenrust a tout de même rappelé qu’on pouvait avancer avec des initiatives législatives sur certains domaines, comme par exemple la transparence de la chaîne de la confection : elle existe déjà aux Etats-Unis et au canada.   Une exigence essentielle pour beaucoup, la transparence permet l’identification de tous les sites de production, tous les échelons, tous les fournisseurs, qui fait quoi et d’où viennent les produits. C’est essentiel pour identifier et évaluer tous les risques.

Enfin  l’Union devrait faire le ménage en son sein, puisque dans certains états membres, la situation des travailleurs de la confection est aussi mauvaise qu’en Asie : on l’a vu hier dans les témoignages et aujourd’hui avec l’exposé de l’étude de la CCC sur l’Europe orientale dont la qualité est saluée par les députés européens et les représentants de plusieurs institutions. Elle contribue à remettre en question une vision trop schématique de la mondialisation de la confection comme une affaire nord/Sud . Avec la situation très dégradée des travailleurs (euses)  de la confection en Bulgarie, Roumanie et Slovaquie, l’Union elle-même est directement partie de ces zones noires de l’économie mondialisée des filières de la confection. 

Paradoxe : outre qu’elle ne peut à, l’encontre d’états-membres,  utiliser des conditions qu’on impose à des partenaires non-européens via les pénalisations d’accès aux marchés, l’Union n’est en outre pas directement en mesure d’imposer un salaire vital dans ces pays. Mais, explique un représentant de la Commission, si elle peut essayer d’utiliser d’autres instruments pour y arriver.  Il adhère en tout cas à l’idée défendue aussi par la CCC d’arriver à un salaire vital qui soit au moins 60 % du salaire moyen.

Dans le voisinage immédiat de l’Union on a évoqué aussi la Géorgie où la confection est aussi très présente. Le sort des travailleurs de la confection, comme d’autres mais plus encore, a été littéralement ravagé par la déliquescence totale du droit du travail, la répression ou la disparition des syndicats, des inspections du travail et des structures de négociation collective.

En tout cas, la CCC compte accroître la pression politique sur l’Union pour que celle -ci s’engage le plus résolument dans l’amélioration du sort des travailleurs de la confection dans le monde et en Europe.  Ce sera une priorité de son agenda à venir.

Un autre rendez-vous important sera la session que l’OIT consacrera en juin 2016 aux chaînes d’approvisionnement mondialisées. Une occasion pour les syndicats et la CCC pour tenter d’obtenir des engagements plus marqués en faveur de dispositifs qui protègent les travailleurs de la confection et améliorent  notablement leur condition. 

>>> VOIR LES PHOTOS

En savoir plus

25 organisations membres

avec le soutien de

réseaux internationaux