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Cambodge - Marks & Spencer doit indemniser les travailleuses de Chung Fai

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Rana Plaza. 18 mois - La prévention avance, l'indemnisation coince.

23-10-2014

18 mois après l’effondrement du Rana Plaza, l’Accord sur la sécurité des bâtiments entre dans sa phase cruciale : la mise en conformité des usines. 1106 usines ont été inspectées. C’est maintenant que les enseignes signataires vont devoir assumer, notamment financièrement, leur engagement de soutenir leurs fournisseurs dans ce travail.

Question indemnisation par contre, les survivants et les familles des victimes ne sont toujours pas certaines d’être indemnisées complètement. La plupart sont en incapacité de retrouver du travail et de reconstruire une vie normale. Il manque toujours 20 millions $ (16 millions €) au fonds d’indemnisation. Un montant dérisoire comparé aux bénéfices tirés par les enseignes grâce aux travailleuses du Bangladesh. Il est impératif que Carrefour, Benetton et les autres contribuent.

Prévention : l’Accord entre dans sa phase cruciale.

Depuis avril 2013, l’équipe de mise en œuvre de l’Accord a travaillé sans relâche pour éviter une nouvelle catastrophe. Début octobre, l’Accord a finalisé l’inspection initiale des 1.106 usines qu’il couvre. Au total, elles occupent près de 2 millions de travailleurs soit la moitié de la main d’œuvre de l’habillement du pays. Pas moins de 80.000 problèmes ont été détectés. Toutes les usines sont concernées. Plus de 400 plans d’actions ont déjà été adoptés. Les autres sont en cours d’élaboration.

Dans 17 cas, l’inspection a été suivie de l’évacuation immédiate du bâtiment liée à des défauts structurels importants. Neuf de ces usines ont rouvert depuis lors, suite à la réalisation de travaux. Huit usines sont toujours fermées et devront probablement être déménagées dans d’autres bâtiments. 110 autres inspections se sont conclues par la nécessité d’aménagements immédiats avant de poursuivre l’activité de production. Dans trois cas, le paiement des travailleurs (garantit dans l’Accord) est toujours en discussion avec le propriétaire de l’usine.

L’Accord est donc entré dans sa phase cruciale, celle de la mise en œuvre des plans d’action et des mise en conformité des bâtiments. Pour rappel, l’Accord prévoit que les enseignes signataires, 180 à ce jour, garantissent un soutien financier aux propriétaires des usines qui en ont besoin pour payer les salaires des travailleurs en cas de fermeture de leur usine et pour effectuer les travaux exigés dans les rapports d’inspection. C’est donc dans les prochaines semaines et prochain mois que nous pourrons jauger l’attitude et le respect des engagements des enseignes signataires.

Nous avons interviewé Amin Amirul Haque, président du NGWF, le plus grand syndicat de la confection au Bangladesh. Il nous parle de l'Accord et de sa mise en oeuvre. Regardez!


L’indemnisation des victimes n’est toujours pas assurée.

Pour les plus de 2.000 blessés et pour les familles des 1.138 tués dans l’effondrement du Rana Plaza, le paiement des indemnisations se fait toujours attendre. A ce jour, 5.099 personnes ont introduit une demande d’indemnisation. Début octobre, 1.587 d’entre elles avaient reçu 40% du montant total de leur indemnité. Les autres recevront également 40% de leur indemnité d’ici la fin de l’année. Le paiement des 60% restants ne pourra être payé qu’une fois que les enseignes auront comblé le trou de 20 millions de $ (16 millions €) du fonds d’indemnisation.

Derrière les chiffres, la réalité des victimes est inacceptable.

Les employeurs sont réticents à l’idée d’engager d’anciens travailleurs du Rana Plaza. Ils les jugent « trop endommagés » et estiment que c’est trop risqué. N’ayant en plus reçu que 40% de l’indemnité à laquelle elles ont droit, les victimes et leur famille n’ont pas la possibilité de se projeter dans l’avenir et reconstruire une vie normale.

Dans de nombreux cas, le fait que l’indemnisation intégrale ne peut être payée questionne l’utilité même de ses paiements. Ne recevant des paiements que par petit montant, les victimes, qui vivent dans des situations financières désespérées, n’ont d’autres choix que de les utiliser pour couvrir leurs besoins quotidiens. Ils n’arrivent pas à épargner ou à utiliser leur indemnité pour investir dans une nouvelle activité génératrice de revenu et donc de sécurité pour l'avenir.

MAHINU AKTER, 18 ans, travaillait dans une usine du Rana Plaza depuis qu'elle avait 14 ans, pour aider sa mère et ses deux frères. Deux jours seulement avant l'effondrement du Rana Plaza, son père a été tué dans un accident de bus. Sa famille dépendait alors uniquement de son salaire. Mahinu a été blessée à la tête et a perdu un orteil dans l'effondrement. Elle a passé 20 jours à l'hôpital, puis est restée alitée chez elle durant un mois. Aujourd’hui encore, elle souffre de douleurs aux pieds et aux jambes, de perte de mémoire et de maux de tête permanents.

Lors de son séjour au Centre de Réhabilitation des Paralysés à Dhaka, Mahinu a pu suivre une formation commerciale. Elle a également reçu 7000 takas (70€) pour financer un petit stock de marchandises. Mais, pour démarrer son activité, elle a du contracter un emprunt pour s'acheter un frigo et aménager une boutique. Si elle a été bénéfique pour Mahinu, la charité ne peut toutefois pas se substituer à l'indemnisation complète, juste et équitable de l'ensemble des victimes.

En l’absence d’indemnité complète, les jeunes femmes comme Mahinu restent dépendantes des actions de charité souvent imprévisibles, parfois incohérentes et qui laissent ceux qui sont incapables de créer leur propre activité dans un cycle de pauvreté.

Qu’attendent les enseignes pour payer ?

Auchan est la dernière enseigne en date à avoir contribué au fonds d’indemnisation. La plainte déposée par des associations françaises, l’appel du gouvernement français et la pression citoyenne ont permis que le distributeur français contribue à hauteur de 1,5 millions de $ (1,2 millions €) au fonds d’indemnisation. C’est un bon pas en avant, même si vu la taille de l’entreprise, la contribution réclamée était de 5 millions $ (4 millions €).

A ce jour, 24 enseignes ont contribué au fonds d’indemnisation. Parmi elles, six n’étaient pas clientes d’une des usines du Rana Plaza. Primark a contribué de manière significative. Les 17 autres enseignes ont contribué avec des montants insuffisants au regard de leur taille et de leur capacité à contribuer.

A côté de ces 17 enseignes qui doivent compléter leur contribution, d’autres n’ont toujours pas versé un centime au fonds, comme Benetton et Carrefour. Les montants des contributions demandées ne représentent pourtant rien à coté des bénéfices que ces enseignes ont réalisé grâce aux travailleuses du Bangladesh.

Suite à l'effondrement, Benetton déclarait pourtant qu’il s’engageait à « travailler directement avec les personnes touchées par la catastrophe Rana Plaza ». En refusant jusqu’à présent de contribuer au fonds d’indemnisation géré par l’OIT, Benetton trahit les femmes et les hommes qui ont contribué à ses profits des dernières années.

Carrefour est l’un des plus importants clients du Bangladesh. Il est inacceptable qu’une enseigne de la taille de Carrefour ne contribue pas au fonds d’indemnisation. Carrefour estime que les preuves sont insuffisantes pour conclure que l’enseigne se fournissait dans une des usines du Rana Plaza. Les autres enseignes françaises, y compris Auchan, ont également nié tout lien, mais ont finalement contribué, en raison de leur relation avec l’ensemble de l’industrie de l’habillement du Bangladesh et par respect pour les victimes.

Carrefour est aujourd’hui la seule enseigne française potentiellement liée au Rana Plaza et qui n’a pas contribué. Se faisant, Carrefour ignore jusqu’à présent les appels lancés par achACT et la Clean Clothes Campaign, par le gouvernement français et l’Union Européenne, par l’Organisation internationale du travail, ainsi que par ses propres travailleurs !

 

En savoir plus: Lire notre dossier sur l'indemnisation et la prévention

 

Crédit photo : Gordon Welter

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