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Fairphone, un Smartphone équitable ?

01-10-2013

Depuis mai 2013, le compteur des commandes de Fairphone ne cesse d’augmenter. L’objectif initial d’atteindre 5.000 commandes a été revu à la hausse. Début septembre, 12.500 personnes attendaient avec impatience la présentation du prototype de ce futur smartphone. Ce succès démontre une chose, de plus en plus de monde recherche des smartphones et autres produits électroniques fabriqués dans de meilleures conditions que les iPhones et autres Galaxy.

Car c’est bien sur ce plan-là que Fairphone veut marquer sa différence. « Nous voulons un smartphone qui met les valeurs sociales en priorité » nous dit la page d’accueil de son portail web. Les responsables de Fairphone s’engagent sur la provenance des minerais, à payer un salaire vital aux travailleurs chinois et à une transparence totale. L’ambition est clairement affichée : faire de Fairphone le premier smartphone équitable afin de montrer au reste du secteur que c’est possible.

Les quelques lignes qui suivent tentent d’analyser les initiatives prises par Fairphone afin d’évaluer de manière critique les avancées et les limites du projet.

 

Des minerais sans conflit

Fairphone a la volonté de se fournir en minerais via des filières qui ne servent pas à financer des conflits ou de forces armées et dont les acteurs traitent correctement les être humains.

Le coltan, dont est issu le tantale utilisé dans un de ses composants, vient du Nord-Katanga (des mines Mai Baridi, Kisengo et Luba) et est garanti par « Solutions for Hope », une initiative lancée entre autre par Motorola pour se conformer au Dodd-Frank Act, et qui garantit que le commerce du coltan en provenance de RDC n’a pas servi à financer de conflit. Blackberry, Flextronics, Foxconn, Motorola, Nokia, HP et Intel entre autres ont également intégré le programme « Solutions for hope ».

Fair phone utilise également de l’étain provenant du Sud Kivu (mine Kalimbi) et garanti par « Conflict-free tin », un programme lancé en octobre 2012 par le gouvernement des Pays-Bas qui garantit que cette filière ne finance pas de conflit. L’initiative dit avoir un impact concret sur la vie des creuseurs puisqu’elle annonce que près de 1.200 d’entre eux ont vu leur revenu plus que doubler, passant de 2$ le kilo à de 4$ à 6$ le kilo en fonction de la qualité de l’étain et du marché mondial. Apple, BlackBerry, Motorola, Nokia, HP, Philips entre autres ont également intégré le programme « Conflict-free tin ».

À côté de l’étain et du coltan, d’autres minerais sont également utilisés dans les composants des smartphones. Fairphone annonce comme étapes ultérieures des projets pour garantir le cobalt du Congo et de Zambie, le Tungsten du Rwanda, et l’étain d’Indonésie. Fairphone poursuit également l’objectif d’utiliser de l’or certifié Max Havelaar.

Garantir que les minerais utilisés dans les smartphones sont issus de filières officielles qui ne financent pas de conflits est évidemment d’une importance capitale pour des régions comme l’Est de la RDC. En ce sens, intégrer les programmes présentés ci-dessus constitue bien une avancée. Par contre, il ne s’agit pas forcément d’un pas en avant par rapport aux acteurs « classiques » du secteur. En effet, nombres de marques ou fabricants de smartphones ont également rejoint ces initiatives.

Fairphone, sur cette étape de la filière, utilise les solutions proposées sur le marché mais ne joue donc pas son rôle de pionnier. Fairphone ne propose pas de démarches nouvelles qui pourraient inspirer les autres acteurs du secteur.

 

L’enjeu du Made in China : renforcer les travailleurs dans le dialogue social

Pour la fabrication et l’assemblage, Fairphone a choisi de travailler avec l’entreprise chinoise A’Hong, une joint-venture fondée notamment par le groupe technologique Changhong. A’Hong possède deux usines, à Shenzhen et à Chongqing. L’entreprise développe, fabrique et commercialise des téléphones sous la marque Changhong. A’Hong distribue ses téléphones entre autres en Chine, à Taiwan, en Thaïlande, en Russie, au Mexique, au Bangladesh, au Vietnam, au Mozambique, en Ukraine, aux Emirats Arabes Unis et en Egypte.

Le responsable de Fairphone justifie ce choix : « Nous avions un contact avec une usine en Europe, mais la plupart des composants venaient quand même de Chine. Nous voulons montrer qu’il est possible d’améliorer les conditions de travail en Chine, où sont fabriqués la majorité des téléphones portables. Nous voulons montrer qu’une fabrication responsable est possible pour mettre au défi les autres acteurs du marché. »

Le choix de Fairphone de faire fabriquer ses produits en Chine peut paraître étonnant. La Chine fait partie des pays qui ne respectent pas les droits fondamentaux des travailleurs de s’organiser librement en syndicat et de négocier collectivement. Les travailleurs y sont représentés par un syndicat unique (ACFTU), qui ne défend pas forcément les intérêts de la classe laborieuse. Les violations graves des droits des travailleurs dans les usines chinoises de fabrication de smartphones ont par ailleurs été déjà largement documentées.

D’un autre côté, les travailleurs chinois se mobilisent de plus en plus pour revendiquer leurs droits. À ce sujet, Han Dongfang, le directeur du China Labor Bulletin explique que le travailleur chinois est passé du statut de victime à celui de militant pour ses droits. Il situe le point de basculement en 2010, lors de la grève des travailleurs d’une usine Honda qui généra un mouvement global qui aboutira à l’augmentation en moyenne de 20% du salaire minimum dans 27 provinces chinoises.

L’objectif de montrer que d’autres pratiques sont possibles, même en Chine, reste cohérent avec l’ambition du projet d’indiquer la voie à suivre aux autres acteurs. Mais, conformément à cette ambition, un projet comme Fairphone pourrait aussi servir de projet pilote pour tester des initiatives de soutien de ces travailleurs mobilisés. Ce projet pourrait notamment favoriser un dialogue social équitable entre la direction de l’usine et des représentants légitimes des travailleurs, c’est-à-dire démocratiquement élus. Ce à quoi Fairphone ne s’engage pas.

 

Focus sur une prime pour le salaire vital

Conforme aux principes du commerce équitable, Fairphone veut développer une relation privilégiée et de long terme avec son fournisseur A’Hong, dans le but d’assurer des améliorations concrètes durables. Une responsable de Fairphone travaille donc depuis le mois de juillet directement dans l’usine A’Hong de Chongqing.

Fairphone n’a pas adopté de code de conduite et n’est pas membre d’une initiative multipartite de mise en œuvre et de vérification de sa responsabilité de filière. Fairphone est conscient des limites et de l’inefficacité des politiques de responsabilité sociale basées uniquement sur des audits sociaux. Fairphone développe un programme « Made with Care », développé en collaboration avec l’organisation TAOS et qui se base sur des évaluations, des plans d’améliorations et des formations. Fairphone a ainsi commandé un audit social de l’usine de Chongqing à l’ONG TAOS dont le cahier de charge n’est pas connu. TAOS est une organisation qui affiche comme objectif de rendre plus humain le travail dans les filières de production via le contrôle, la formation et l’encadrement. Fairphone s’est engagé à communiquer les résultats de cet audit ainsi que les étapes suivantes de son programme d’audit social sans donner aucune garantie sur la forme que prendrait cette éventuelle publication. Encore une fois, Fairphone ne se distingue pas en ce domaine des initiatives courantes des autres marques du secteur.

Fairphone dit encourager le respect de la liberté d’association et de négociation collective, tout en avançant par petits pas. Pour sa première commande, Fairphone a choisi de focaliser ses efforts pour guarantir un salaire vital aux travailleurs. Une prime a été négociée avec la direction de l’usine et sera financée par un fonds créé par Fairphone.

La question salariale en Chine est d’actualité depuis 2010. Fairphone, ne précise par contre pas si c’est une priorité pour les travailleurs de A’Hong. Fairphone ne précise d’ailleurs pas quel est le salaire de base de ces travailleurs, ni quel niveau de salaire ils veulent fournir aux travailleurs qui fabriquent le Fairphone. Ces deux questions sont pourtant fondamentales et ne peuvent être résolues que par des négociations entre les promoteurs du projet, la direction de l’usine et les représentants légitimes des travailleurs.

La prime est un outil typiquement utilisé par les acteurs du commerce équitable, pour permettre à des coopératives d’investir dans des besoins sociaux définis par les coopérateurs eux-mêmes. Dans le cadre d’une filière industrielle, la difficulté d’une telle prime réside dans le fait qu’elle est destinée aux travailleurs, mais est négociée avec la direction. Or, Fairphone n’offre aucune information sur la manière dont cette prime a été négociée, ni sur comment elle sera mise en œuvre. Les travailleurs ont-ils pu participer aux négociations ? Auront-ils un rôle dans la mise en œuvre de la prime ? Fairphone n’en dit rien. C’est pourtant à partir du rôle donné aux travailleurs de A’Hong dans les négociations que nous pourrions évaluer l’initiative. La prime représente-elle une opportunité pour les travailleurs de A’Hong de négocier collectivement avec la direction ou ne représente-t-elle qu’un simple montant d’argent « offert exceptionnellement» aux travailleurs qui auront eu la chance d’être désigné par leur employeur pour assembler le Fairphone.

Si l’idée de la prime salariale est novatrice dans un secteur industriel, l’annonce de Fairphone de l’avoir négociée avec la direction de l’usine laisse sous entendre que les travailleurs ont été exclu du choix de se focaliser sur le salaire, des négociations sur le montant de la prime et probablement de sa mise en œuvre. Dans ces conditions, une telle initiative ne dépassera sans doute pas le bon geste charitable ponctuel. Le projet risque alors de passer à côté de l’objectif de renforcer les travailleurs chinois dans leur capacité à s’organiser et à négocier collectivement avec leur employeur. Au contraire, en mettant les travailleurs sur la touche, le projet pourrait avoir comme effet de renforcer une stratégie d’évitement de toute négociation collective et d’obstacle à l’organisation libre et démocratique des travailleurs. Est-ce là la direction que Fairphone veut montrer aux autres acteurs du secteur ?

 

Transparence

Fairphone se veut totalement transparent. Fairphone communique et justifie ses choix, dont celui de travailler avec A’Hong, sans en cacher les limites. Fairphone a également publié une première liste reprenant les noms des fournisseurs de composants et communique les lieux de provenance de l’étain et du coltan utilisés dans certains composants. Ces informations sont importantes, mais ne dépassent pas celles fournies par d’autres marques du secteur, comme Apple.

Par contre, Fairphone a également publié la décomposition du prix de son smartphone. On y découvre que chaque smartphone est acheté 185€ à l’usine. Sur chaque produit, Fairphone consacre 1,93€ au fonds qui servira à payer la prime et 7,50€ pour financer son programme « Made with Care » qui concerne l’usine d’assemblage. C’est la première fois qu’une marque de téléphone portable publie une telle décomposition de prix.

Fairphone a également annoncé qu’il publiera le résultat de l’audit social réalisé par TAOS. Ce serait également une première, les rapports d’audits restant généralement confidentiel et aux mains des entreprises qui les commandent.

 

CONCLUSION

L’exercice critique effectué dans ces quelques pages ne doit pas occulter le challenge énorme relevé par Fairphone et le travail réalisé par son équipe. Il vise simplement à montrer, sur base des informations disponibles publiquement, les avancées et les limites du projet. Fairphone part d’une intuition géniale, celle de montrer que commercialiser un smartphone compétitif et équitable est possible. Pour ce faire, Fairphone se base sur les références et les outils du commerce équitable, à savoir l’établissement d’une relation de long terme basée sur la confiance avec ses fournisseurs et la prime.

Or, dans un secteur industriel, caractérisé par des relations travailleurs – employeurs, travailler sur base de la confiance ne suffit pas. Il est nécessaire de développer une approche basée sur les droits, sur des actions négociées et vérifiées, et sur la capacité des travailleurs de défendre eux-mêmes et collectivement leurs intérêts.

Fairphone démontre certes une bonne volonté, mais les méthodes utilisées actuellement pour faire de Fairphone le smartphone le plus équitable n’apportent pas de garanties sur des améliorations concrètes du respect des droits des travailleurs. Fairphone ressemble donc plus à un projet qui explore au maximum des solutions disponibles sur le marché qu’à un projet pilote qui développe des réponses innovantes aux défis du respect des droits des travailleurs.

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