Vous êtes :  Accueil > Campagnes > Salaire Vital > Des travailleurs(euses) témoignent... > CAMBODGE - Une travailleur d'E Garment

CAMBODGE - Une travailleur d'E Garment

Témoignage recueilli en février 2012

Cette jeune femme est tricoteuse chez E. Garment, un fournisseur de H&M réputé pour ses pratiques antisyndicales. Membre de la C.CAWDU, elle a vu les leaders syndicaux se faire licencier il y a quelques mois, alors qu’ils se mobilisaient pour de meilleurs salaires. Elle nous parle de l’activisme syndical dans l'usine et de son impact sur les conditions de vie des travailleurs.

2 février 2012. Fin de la journée de travail chez E. Garment. Des milliers d’ouvriers quittent l'usine rapidement, et se précipitent pour trouver une place dans des camions alignés le long de la route. Serrés comme des sardines, beaucoup d'entre eux ont encore un long trajet avant de rejoindre leurs dortoirs.

Heureusement pour elle, elle n'a pas à subir cette épreuve tous les jours. La petite chambre qu'elle partage avec sa sœur et deux de ses collègues est située à moins de 50 mètres de l'usine, ce qui lui évite des frais de transport. Mais dans l’immeuble les toilettes et les salles de bains sont partagées, et l'eau doit être pompée à partir d’un puits au rez-de-chaussée.

"Nous sommes censés avoir de l'eau potable filtrée de la rivière, mais le filtre ne fonctionne pas", explique-t-elle en nous faisant visiter sa chambre. "Le propriétaire ne le remplace jamais, et il est plein de souris. L'eau est jaune et dégage une odeur très désagréable. Personne ne veut la boire. Nous n'avons d’autre choix que d’acheter des bouteilles d’eau tous les jours."

Cette travailleuse paye 20 dollars de loyer par mois, plus 2,5 dollars d'électricité. "Je déteste cet endroit. J’habite ici depuis 6 ans maintenant et nous n'avons toujours pas de ventilateurs ni de moustiquaires. Comme le toit est en tôle ondulée, il fait très chaud et nous manquons d'air frais. Le propriétaire veut augmenter le loyer, surtout maintenant que nous recevons un bonus [allocation santé de 5 dollars introduite en janvier 2012, ndlr]. Il sait que nous ne pouvons pas trouver une chambre moins chère près d'ici."

Avec un salaire mensuel de 80 dollars – tous avantages inclus - et 30 dollars à envoyer chaque mois à sa famille, elle ne peut pas se permettre de vivre ailleurs. Et démissionner de l'usine pour trouver un autre emploi est tout simplement impensable.

"Nous sommes ici parce que nous sommes pauvres. Nous devons nous battre pour obtenir de l'argent. Bien sûr, avant de postuler, ma sœur et moi savions que ce n’était pas un travail facile, mais nous n'avions pas le choix. Travailler en tant qu’hôtesse pour promouvoir une marque de bière dans les bars serait encore plus dur. C'est pour ça que nous devons travailler ici six jours par semaine. Mais c'est aussi pour ça nous devons lutter pour nos droits."

"Lutter" est un verbe qui convient assez bien à la jeune femme. Loin de subir passivement son sort, elle décide de devenir activiste au sein de la C.CAWDU, le seul syndicat indépendant présent dans l'usine. Un acte courageux étant donné les risques associés. Le 2 mai 2007, plus de 250 travailleurs ont participé une élection destinée à créer une antenne locale de la C.CAWDU. Le lendemain, 13 des 19 candidats ont été licenciés sans préavis, et 3 autres ont été menacés, transférés et finalement licenciés.

Il y a quelques mois, en juillet 2011, 8 représentants de la C.CAWDU ont été licenciés et 2 autres ont été agressés après avoir collecté des signatures pour exiger un salaire vital dans l'industrie du vêtement. À ce jour, les responsables syndicaux licenciés n'ont toujours pas été réintégrés.

"Au cours de mes premières années chez E. Garment, j'étais membre du syndicat jaune [le syndicat pro-employeur, ndlr], mais leurs pratiques n'étaient pas justes et dès que la C.CAWDU a pu former un syndicat ici, j’ai adhéré. Bien sûr, après ce qui s'est passé, j'ai hésité. J'ai eu peur. Mais j’étais aussi soulagée parce que je savais que la direction ne pouvait pas nous obliger à faire tout ce qu’elle voulait."

Aujourd'hui, étant donné que les responsables syndicaux n'ont toujours pas été réintégrés, la direction fait pression sur elle. La C.CAWDU est systématiquement discriminée et mise à l'écart des discussions. Mais, cette travailleuse ne renonce pas. Lors de la grève générale de septembre 2010, c’est elle qui appelait les ouvriers à se joindre à la grève, à travers son mégaphone devant les portes de l'usine. "Ce n'était pas une période facile parce que nous n'étions pas payés. La direction a engagé des membres du syndicat jaune pour nous forcer à cesser la grève. Mais nous avons tenu ferme. Nous étions si fiers de nous élever contre la direction. C’était très important pour nous et très utile. Après la grève, les conditions d'ancienneté ont été améliorées et la rémunération des heures supplémentaires a augmenté."

"C'est aussi grâce aux négociateurs de la C.CAWDU que les travailleurs bénéficient désormais de contrats à durée indéterminée. Avant 2009, on n’avait que des contrats de 6 mois. Ces contrats ne nous permettaient pas de bénéficier de tous les avantages que nous avons maintenant. Et la direction ne payait jamais d’indemnités de fin de contrat. Maintenant que nous avons ces CDI, nous nous sentons plus en sécurité. Même si de nombreux problèmes persistent ..."

Si E. Garment est l'une des rares usines qui emploie des travailleurs exclusivement en CDI, les salaires demeurent une question cruciale pour ces ouvriers, pour qui des revenus insuffisants sont la cause de nombreux problèmes de santé.

"Je ne peux dépenser que 6000 riels par jour pour m’acheter à manger [1,5 dollars, ndlr]. C'est à peine assez pour calmer la faim. Je peux acheter une soupe et un peu de riz - pas de fruits, pas de bonbons, pas de boisson. Ce n'est pas suffisant, et beaucoup d'entre nous souffrent d'un manque de sucre dans le sang. C'est pourquoi il y a tant de cas d’évanouissements. Chaque mois, je vois 4 ou 5 collègues s’évanouir dans l'usine, en particulier près des lavoirs. L'odeur des substances chimiques y est très forte. Cette section devrait être déplacée à l'extérieur."

Les évanouissements chez E. Garment surviennent principalement lors des heures supplémentaires. Officiellement, la section de cette ouvrière n'est pas autorisée à travailler plus de 2 heures supplémentaires par jour. Mais dans la pratique, la règle ne s’applique plus lorsqu’il y a une commande importante, ou lorsque de nouveaux modèles doivent être fabriqués. Pendant ces périodes, il n'est pas rare pour elle et ses collègues de travailler 12 heures par jour.

"De janvier à mars, les commandes sont généralement plus faibles et il est difficile d'obtenir des heures supplémentaires. Le mois dernier, je n’ai pas pu envoyer de l'argent à mes parents. Le reste de l’année nous avons plus de possibilités de faire des heures supplémentaires. Mais ce n’est pas une solution. Je voudrais pouvoir travailler 8 heures par jour, 5 jours par semaine et obtenir 120 dollars. Cela me permettrait d'avoir une vie meilleure. Pour choisir ce que je mange chaque jour. Pour acheter de nouveaux vêtements, de temps en temps, et pour envoyer plus d'argent à mes parents. Mais en attendant, nous devons lutter pour conserver nos CDI et pour que le droit du travail soit respecté. À mon avis, si une usine ne respecte pas la loi, les clients ne devraient pas acheter ses produits. Et les consommateurs devraient intervenir lorsqu’ils apprennent qu’il y a un problème dans nos usines."

Soutenez la campagne #LivingWageNow. 
Signez la pétition pour un Salaire vital.

 

campagne_salaire_vital

Une travailleuse de chez E Garment Co., Ltd. témoigne

 

Cette jeune femme est tricoteuse chez E. Garment, un fournisseur de H&M réputé pour ses pratiques antisyndicales. Membre de la C.CAWDU, elle a vu les leaders syndicaux se faire licencier il y a quelques mois, alors qu’ils se mobilisaient pour de meilleurs salaires. Elle nous parle de l’activisme syndical dans l'usine et de son impact sur les conditions de vie des travailleurs.


2 février 2012. Fin de la journée de travail chez  E. Garment. Des milliers d’ouvriers quittent l'usine rapidement, et se précipitent pour trouver une place dans des camions alignés le long de la route. Serrés comme des sardines, beaucoup d'entre eux ont encore un long trajet avant de rejoindre leurs dortoirs.

 

Heureusement pour elle, elle n'a pas à subir cette épreuve tous les jours. La petite chambre qu'elle partage avec sa sœur et deux de ses collègues est située à moins de 50 mètres de l'usine, ce qui lui évite des frais de transport. Mais dans l’immeuble les toilettes et les salles de bains sont partagées, et l'eau doit être pompée à partir d’un puits au rez-de-chaussée.


"Nous sommes censés avoir de l'eau potable filtrée de la rivière, mais le filtre ne fonctionne pas", explique-t-elle en nous faisant visiter sa chambre. "Le propriétaire ne le remplace jamais, et il est plein de souris. L'eau est jaune et dégage une odeur très désagréable. Personne ne veut la boire. Nous n'avons d’autre choix que d’acheter des bouteilles d’eau tous les jours."

 

Cette travailleuse paye 20 dollars de loyer par mois, plus 2,5 dollars d'électricité. "Je déteste cet endroit. J’habite ici depuis 6 ans maintenant et nous n'avons toujours pas de ventilateurs ni de moustiquaires. Comme le toit est en tôle ondulée, il fait très chaud et nous manquons d'air frais. Le propriétaire veut augmenter le loyer, surtout maintenant que nous recevons un bonus [allocation santé de 5 dollars introduite en janvier 2012, ndlr]. Il sait que nous ne pouvons pas trouver une chambre moins chère près d'ici."


Avec un salaire mensuel de 80 dollars – tous avantages inclus - et 30 dollars à envoyer chaque mois à sa famille, elle ne peut pas se permettre de vivre ailleurs. Et démissionner de l'usine pour trouver un autre emploi est tout simplement impensable.


"Nous sommes ici parce que nous sommes pauvres. Nous devons nous battre pour obtenir de l'argent. Bien sûr, avant de postuler, ma sœur et moi  savions que ce n’était pas un travail facile, mais nous n'avions pas le choix.
Travailler en tant qu’hôtesse pour promouvoir une marque de bière dans les bars serait encore plus dur. C'est pour ça que nous devons travailler ici six jours par semaine. Mais c'est aussi pour ça nous devons lutter pour nos droits."

 

"Lutter" est un verbe qui convient assez bien à la jeune femme. Loin de subir passivement son sort, elle décide de devenir activiste au sein de la C.CAWDU,  le seul syndicat indépendant présent dans l'usine. Un acte courageux étant donné les risques associés. Le 2 mai 2007, plus de 250 travailleurs ont participé une élection destinée à créer une antenne locale de la C.CAWDU. Le lendemain, 13 des 19 candidats ont été licenciés sans préavis, et 3 autres ont été menacés, transférés et finalement licenciés.


Il y a quelques mois, en juillet 2011, 8 représentants de la C.CAWDU ont été licenciés et 2 autres ont été agressés après avoir collecté des signatures pour exiger un salaire vital dans l'industrie du vêtement. À ce jour, les responsables syndicaux licenciés n'ont toujours pas été réintégrés.


"Au cours de mes premières années chez E. Garment, j'étais membre du syndicat jaune [le syndicat pro-employeur, ndlr], mais leurs pratiques n'étaient pas justes et dès que la C.CAWDU a pu former un syndicat ici, j’ai adhéré. Bien sûr, après ce qui s'est passé, j'ai hésité. J'ai eu peur. Mais j’étais aussi soulagée parce que je savais que la direction ne pouvait pas nous obliger à faire tout ce qu’elle voulait."

 

Aujourd'hui, étant donné que les responsables syndicaux n'ont toujours pas été réintégrés, la direction fait pression sur elle. La C.CAWDU est systématiquement discriminée et mise à l'écart des discussions. Mais, cette travailleuse ne renonce pas. Lors de la grève générale de septembre 2010, c’est elle qui appelait les ouvriers à se joindre à la grève, à travers son mégaphone devant les portes de l'usine. "Ce n'était pas une période facile parce que nous n'étions pas payés. La direction a engagé des membres du syndicat jaune pour nous forcer à cesser la grève. Mais nous avons tenu ferme. Nous étions si fiers de nous élever contre la direction. C’était très important pour nous et très utile. Après la grève, les conditions d'ancienneté ont été améliorées et la rémunération des heures supplémentaires a augmenté."

 

"C'est aussi grâce aux négociateurs de la C.CAWDU que les travailleurs bénéficient désormais de contrats à durée indéterminée. Avant 2009, on n’avait que des contrats de 6 mois. Ces contrats ne nous permettaient pas de bénéficier de tous les avantages que nous avons maintenant. Et la direction ne payait jamais d’indemnités de fin de contrat. Maintenant que nous avons ces CDI, nous nous sentons plus en sécurité. Même si de nombreux problèmes persistent ..."

 

Si E. Garment est l'une des rares usines qui emploie des travailleurs exclusivement en CDI, les salaires demeurent une question cruciale pour ces ouvriers, pour qui des revenus insuffisants sont la cause de nombreux problèmes de santé.


"Je ne peux dépenser que 6000 riels par jour pour m’acheter à manger [1,5 dollars, ndlr]. C'est à peine assez pour calmer la faim. Je peux acheter une soupe et un peu de riz - pas de fruits, pas de bonbons, pas de boisson. Ce n'est pas suffisant, et beaucoup d'entre nous souffrent d'un manque de sucre dans le sang. C'est pourquoi il y a tant de cas d’évanouissements. Chaque mois, je vois 4 ou 5 collègues s’évanouir dans l'usine, en particulier près des lavoirs. L'odeur des substances chimiques y est très forte. Cette section devrait être déplacée à l'extérieur."


Les évanouissements chez E. Garment surviennent principalement lors des heures supplémentaires. Officiellement, la section de cette ouvrière n'est pas autorisée à travailler plus de 2 heures supplémentaires par jour. Mais dans la pratique, la règle ne s’applique plus lorsqu’il y a une commande importante, ou lorsque de nouveaux modèles doivent être fabriqués. Pendant ces périodes, il n'est pas rare pour elle et ses collègues de travailler 12 heures par jour.

"De janvier à mars, les commandes sont généralement plus faibles et il est difficile d'obtenir des heures supplémentaires. Le mois dernier, je n’ai pas pu envoyer de l'argent à mes parents. Le reste de l’année nous avons plus de possibilités de faire des heures supplémentaires. Mais ce n’est pas une solution. Je voudrais pouvoir travailler 8 heures par jour, 5 jours par semaine et obtenir 120 dollars. Cela me permettrait d'avoir une vie meilleure. Pour choisir ce que je mange chaque jour. Pour acheter de nouveaux vêtements, de temps en temps, et pour envoyer plus d'argent à mes parents. Mais en attendant,  nous devons lutter pour conserver nos CDI et pour que le droit du travail soit respecté. À mon avis, si une usine ne respecte pas la loi, les clients ne devraient pas acheter ses produits. Et les consommateurs devraient intervenir lorsqu’ils apprennent qu’il y a un problème dans nos usines."

Une travailleuse de chez E Garment Co., Ltd. témoigne

 

Cette jeune femme est tricoteuse chez E. Garment, un fournisseur de H&M réputé pour ses pratiques antisyndicales. Membre de la C.CAWDU, elle a vu les leaders syndicaux se faire licencier il y a quelques mois, alors qu’ils se mobilisaient pour de meilleurs salaires. Elle nous parle de l’activisme syndical dans l'usine et de son impact sur les conditions de vie des travailleurs.

 

2 février 2012. Fin de la journée de travail chez E. Garment. Des milliers d’ouvriers quittent l'usine rapidement, et se précipitent pour trouver une place dans des camions alignés le long de la route. Serrés comme des sardines, beaucoup d'entre eux ont encore un long trajet avant de rejoindre leurs dortoirs.

 

Heureusement pour elle, elle n'a pas à subir cette épreuve tous les jours. La petite chambre qu'elle partage avec sa sœur et deux de ses collègues est située à moins de 50 mètres de l'usine, ce qui lui évite des frais de transport. Mais dans l’immeuble les toilettes et les salles de bains sont partagées, et l'eau doit être pompée à partir d’un puits au rez-de-chaussée.

 

"Nous sommes censés avoir de l'eau potable filtrée de la rivière, mais le filtre ne fonctionne pas", explique-t-elle en nous faisant visiter sa chambre. "Le propriétaire ne le remplace jamais, et il est plein de souris. L'eau est jaune et dégage une odeur très désagréable. Personne ne veut la boire. Nous n'avons d’autre choix que d’acheter des bouteilles d’eau tous les jours."

 

Cette travailleuse paye 20 dollars de loyer par mois, plus 2,5 dollars d'électricité. "Je déteste cet endroit. J’habite ici depuis 6 ans maintenant et nous n'avons toujours pas de ventilateurs ni de moustiquaires. Comme le toit est en tôle ondulée, il fait très chaud et nous manquons d'air frais. Le propriétaire veut augmenter le loyer, surtout maintenant que nous recevons un bonus [allocation santé de 5 dollars introduite en janvier 2012, ndlr]. Il sait que nous ne pouvons pas trouver une chambre moins chère près d'ici."

 

Avec un salaire mensuel de 80 dollars – tous avantages inclus - et 30 dollars à envoyer chaque mois à sa famille, elle ne peut pas se permettre de vivre ailleurs. Et démissionner de l'usine pour trouver un autre emploi est tout simplement impensable.

 

"Nous sommes ici parce que nous sommes pauvres. Nous devons nous battre pour obtenir de l'argent. Bien sûr, avant de postuler, ma sœur et moi savions que ce n’était pas un travail facile, mais nous n'avions pas le choix. Travailler en tant qu’hôtesse pour promouvoir une marque de bière dans les bars serait encore plus dur. C'est pour ça que nous devons travailler ici six jours par semaine. Mais c'est aussi pour ça nous devons lutter pour nos droits."

 

"Lutter" est un verbe qui convient assez bien à la jeune femme. Loin de subir passivement son sort, elle décide de devenir activiste au sein de la C.CAWDU, le seul syndicat indépendant présent dans l'usine. Un acte courageux étant donné les risques associés. Le 2 mai 2007, plus de 250 travailleurs ont participé une élection destinée à créer une antenne locale de la C.CAWDU. Le lendemain, 13 des 19 candidats ont été licenciés sans préavis, et 3 autres ont été menacés, transférés et finalement licenciés.

 

Il y a quelques mois, en juillet 2011, 8 représentants de la C.CAWDU ont été licenciés et 2 autres ont été agressés après avoir collecté des signatures pour exiger un salaire vital dans l'industrie du vêtement. À ce jour, les responsables syndicaux licenciés n'ont toujours pas été réintégrés.

 

"Au cours de mes premières années chez E. Garment, j'étais membre du syndicat jaune [le syndicat pro-employeur, ndlr], mais leurs pratiques n'étaient pas justes et dès que la C.CAWDU a pu former un syndicat ici, j’ai adhéré. Bien sûr, après ce qui s'est passé, j'ai hésité. J'ai eu peur. Mais j’étais aussi soulagée parce que je savais que la direction ne pouvait pas nous obliger à faire tout ce qu’elle voulait."

 

Aujourd'hui, étant donné que les responsables syndicaux n'ont toujours pas été réintégrés, la direction fait pression sur elle. La C.CAWDU est systématiquement discriminée et mise à l'écart des discussions. Mais, cette travailleuse ne renonce pas. Lors de la grève générale de septembre 2010, c’est elle qui appelait les ouvriers à se joindre à la grève, à travers son mégaphone devant les portes de l'usine. "Ce n'était pas une période facile parce que nous n'étions pas payés. La direction a engagé des membres du syndicat jaune pour nous forcer à cesser la grève. Mais nous avons tenu ferme. Nous étions si fiers de nous élever contre la direction. C’était très important pour nous et très utile. Après la grève, les conditions d'ancienneté ont été améliorées et la rémunération des heures supplémentaires a augmenté."

 

"C'est aussi grâce aux négociateurs de la C.CAWDU que les travailleurs bénéficient désormais de contrats à durée indéterminée. Avant 2009, on n’avait que des contrats de 6 mois. Ces contrats ne nous permettaient pas de bénéficier de tous les avantages que nous avons maintenant. Et la direction ne payait jamais d’indemnités de fin de contrat. Maintenant que nous avons ces CDI, nous nous sentons plus en sécurité. Même si de nombreux problèmes persistent ..."

 

Si E. Garment est l'une des rares usines qui emploie des travailleurs exclusivement en CDI, les salaires demeurent une question cruciale pour ces ouvriers, pour qui des revenus insuffisants sont la cause de nombreux problèmes de santé.

 

"Je ne peux dépenser que 6000 riels par jour pour m’acheter à manger [1,5 dollars, ndlr]. C'est à peine assez pour calmer la faim. Je peux acheter une soupe et un peu de riz - pas de fruits, pas de bonbons, pas de boisson. Ce n'est pas suffisant, et beaucoup d'entre nous souffrent d'un manque de sucre dans le sang. C'est pourquoi il y a tant de cas d’évanouissements. Chaque mois, je vois 4 ou 5 collègues s’évanouir dans l'usine, en particulier près des lavoirs. L'odeur des substances chimiques y est très forte. Cette section devrait être déplacée à l'extérieur."

 

Les évanouissements chez E. Garment surviennent principalement lors des heures supplémentaires. Officiellement, la section de cette ouvrière n'est pas autorisée à travailler plus de 2 heures supplémentaires par jour. Mais dans la pratique, la règle ne s’applique plus lorsqu’il y a une commande importante, ou lorsque de nouveaux modèles doivent être fabriqués. Pendant ces périodes, il n'est pas rare pour elle et ses collègues de travailler 12 heures par jour.

"De janvier à mars, les commandes sont généralement plus faibles et il est difficile d'obtenir des heures supplémentaires. Le mois dernier, je n’ai pas pu envoyer de l'argent à mes parents. Le reste de l’année nous avons plus de possibilités de faire des heures supplémentaires. Mais ce n’est pas une solution. Je voudrais pouvoir travailler 8 heures par jour, 5 jours par semaine et obtenir 120 dollars. Cela me permettrait d'avoir une vie meilleure. Pour choisir ce que je mange chaque jour. Pour acheter de nouveaux vêtements, de temps en temps, et pour envoyer plus d'argent à mes parents. Mais en attendant, nous devons lutter pour conserver nos CDI et pour que le droit du travail soit respecté. À mon avis, si une usine ne respecte pas la loi, les clients ne devraient pas acheter ses produits. Et les consommateurs devraient intervenir lorsqu’ils apprennent qu’il y a un problème dans nos usines."

 

25 organisations membres

avec le soutien de

réseaux internationaux