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Thulasi, 20 ans, travaille dans une filature près de Tirupur

Témoignage recueilli en novembre 2012

Mon nom est Thulasi et je viens du village de Kalarampatty dans le district de Perambalur. Mon père Ramamurthy et ma mère Vallinayaki sont agriculteurs. J'ai étudié jusqu'au 7ème degré et lorsque j'ai eu 15 ans, je me suis fait embaucher dans une filature dans le district de Tirupur. J'ai commencé à travailler pour couvrir les dépenses scolaires de mon frère aîné qui était en classe de 10ème degré.

J'ai entendu parler de la filature par une fille qui y travaillait déjà depuis 6 mois. Elle m'a dit que je pourrais y gagner une prime de 40.000 Roupies au bout d'un contrat de trois ans. J'ai dit à mes parents que je voulais aller travailler dans cette filature et ils furent contents à l'idée de voir diminuer leur charge familiale. Pour ma part j'étais contente d'être engagée pour pouvoir permettre à mon frère de continuer ses études.

En 2007, quand je suis arrivée à la filature, j'ai été impressionnée par l'immensité de l'usine et des bâtiments réservés au logement des travailleurs. La direction m'a demandé de signer un document auquel je n'ai rien compris car il était écrit en anglais. Ils m'ont expliqué que je devais travailler trois années complètes sans aucun break sous peine de ne pas gagner la prime. J'ai commencé à travailler dans la « Blow Room » où je devais traiter le coton brut. Pour un salaire de 1000 Roupies par mois, je travaillais de 8 heure du matin jusqu'à 8 heures du soir. Je n'étais pas autorisée à me reposer les dimanches et devais travailler toute l'année sans aucun congé. Les contre-maîtres étaient tous des hommes. Ils m'insultaient et me grondaient même lorsque je prenais quelques minutes de pause durant les heures de travail. J'ai subi du harcèlement sexuel de la part des contre-maîtres et lorsque je me suis plainte auprès du gardien, elle m'a demandé de ne pas prendre cela au sérieux. Je ne pouvais pas me confier à mes parents et je devais garder tout cela pour moi. Je voulais abandonner ce travail mais ma situation familiale m'a forcé à continuer. Je n'avais pas le choix.

Je n'étais pas autorisée à parler à mes parents par téléphone et je n'ai bénéficié d'aucun congé pour me rendre dans ma famille lors des festivals et des événements familiaux. Mes parents faisaient eux-mêmes le déplacement pour venir me voir une fois tous les 6 mois. Mais la plupart du temps, je me sentais très seule. Je pleurais dans la chambre après les heures de travail et comme tout le monde était pris par son travail, personne n'était là pour me consoler. Je languissais de pouvoir retourner dans ma famille mais j'étais coincée entre la pauvreté de mes parents et l'exploitation de mon employeur. Je suis ainsi arrivée à la fin de mes trois ans de contrat, j'ai reçu une prime de 30.000 Roupies et je vis maintenant avec ma famille. Les tortures physiques et mentales que j'ai subies durant ce travail continuent à me priver de sommeil. Pour une fille de la campagne venant d'une famille pauvre, il n'y a aucun recours possible dans la société pour surmonter les souffrances mentales causées par le harcèlement des supérieurs.

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