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CAMBODGE - Srieng Mouykim travaille chez un fournisseur de Zara

Témoignage recueilli en février 2012

Srieng Mouykim travaille à l’usine de Goldfame, un fournisseur d’Inditex qui a fait la une des journaux après la grève générale de 2010. En représailles à cette manifestation, la direction a licencié 160 dirigeants et adhérents syndicaux. Grâce aux efforts des syndicats et à la pression internationale exercée sur les marques, les employés ont été réintégrés. Mais la situation reste délicate pour Mouykim et ses collègues…

« Je travaille chez Goldfame depuis 2004. J’ai décidé de postuler ici parce qu’on m’avait dit que les conditions de travail étaient meilleures que chez Fortune, l’usine chinoise où je travaillais avant d’arriver ici. Mais j’ai été déçue. Même ici, je ne touche que le salaire minimum et c’est impossible de nourrir ma famille avec si peu d’argent. »

Avec un salaire mensuel de 85 dollars, primes comprises, Mouykim éprouve des difficultés quotidiennes à couvrir les besoins vitaux de base. « J’ai trois enfants à nourrir et à scolariser. L’argent que je gagne à Goldfame est à peine suffisant pour couvrir ces dépenses. Nous sommes contraints de vivre chez ma mère pour ne pas avoir à payer de loyer. Nous vivons là avec ma mère, ma sœur et ses deux fils. Ma sœur travaille aussi chez Goldfame, ce qui nous permet de partager certaines dépenses pour nous sept. Pourtant, je manque d’argent pour acheter des médicaments pour mes enfants et ma mère. De plus, la maison est si vieille que nous devons régulièrement payer des réparations. La toiture prend l’eau et il faut trouver de l’argent pour colmater les fuites. »

Du lundi au samedi, Mouykim et sa sœur se réveillent à 5 h 30 pour prendre la navette des employés de l’usine, et rentrent vers six heures du soir. Elles voient à peine leurs enfants, mais elles peuvent compter sur leur mère âgée pour s’en occuper. « Bien sûr, j’aimerais les voir plus souvent, mais je dois travailler tous les jours pour toucher la prime d’assiduité de sept dollars. Si je le pouvais, je travaillerais encore plus pour toucher plus d’argent. Avec 120 dollars, je pourrais faire face aux besoins de base et mieux nourrir la famille. Malheureusement, l’usine ne permet pas les heures supplémentaires. Ils préfèrent faire appel à des sous-traitants. Ça leur coûte moins cher. Pour joindre les deux bouts, je suis obligée d’emprunter de l’argent. Tout le monde à Goldfame est endetté. Je dois de l’argent à tous mes voisins du village… »

Economiser est une fin en soi quand on doit vivre avec moins de cent dollars par mois. Acheter de nouveaux vêtements pour ses enfants est tout simplement inconcevable. La famille ne peut s’offrir que des vêtements d’occasion deux fois par an et le budget quotidien pour la nourriture n’est que de 3000 riels par personne, soit moins d’un dollar.

« La nourriture que je peux me permettre est très pauvre. Juste un peu de riz et de légumes. Ça n’est pas assez pour les enfants, mais nous n’avons pas le choix. La nourriture est devenue vraiment chère. Il y a un an, une petite soupe coûtait 300 riels. Aujourd’hui, elle en coûte 500. Simplement pour une soupe faite avec la pire viande et les pires légumes possibles. C’est vraiment dur de travailler quand on ne mange que des repas aussi peu nutritifs. J’ai 44 ans et il m’est de plus en plus difficile de continuer à travailler ici. Si je pouvais quitter l’usine et devenir vendeuse, je n’hésiterais pas. Mais je me bats pour mes enfants. Je veux qu’ils aillent à l’école, qu’ils étudient pour trouver un meilleur travail que le mien. N’importe lequel plutôt que dans le textile, pourvu qu’ils aient un meilleur salaire. »


Un meilleur salaire et de meilleures conditions de vie, deux revendications légitimes que les employés réclament en vain depuis des années au Cambodge. Une impasse qui a mené à la grève générale de septembre 2010 et au brusque licenciement de 19 dirigeants syndicaux et 142 syndicalistes par les dirigeants de Goldfame.

« Ils ont été réintégrés cinq mois plus tard, mais ils n’ont pas encore reçu leurs arriérés. Je suis inquiète de ce qui s’est passé après la grève. Le syndicat C.CAWDU est très important pour nous. Il existe cinq autres syndicats dans l’usine, mais seul le C.CAWDU a ma confiance. Avant leur arrivée je n’avais que des contrats de deux ou trois mois. Maintenant, j’ai un contrat d’un an, et l’indemnité de licenciement, au cas où on ne me renouvellerait pas mon contrat, a été augmentée. Je peux aussi prendre un jour de congé en cas de maladie sans perdre la totalité de ma prime d’assiduité, et mes managers ne me crient plus dessus si je demande un congé maladie. »

Les relations entre le C.CAWDU et la direction de Goldfame sont tendues depuis le début, et de nombreux conflits ont éclaté au fil des ans. Mais depuis la grève de 2010 et la réintégration forcée des 160 syndicalistes, le dialogue est tout simplement rompu. Une nouvelle grève risque fort d’éclater très prochainement car Goldfame a récemment décidé de diminuer le prix à la pièce et de maintenir 85 % de ses employés en contrats à durée déterminée.

« La vie est dure pour un employé de la confection. Je suis sûre que les gens qui travaillent au siège ne savent rien de nos conditions de vie. Ils ne sont même pas au courant des problèmes que nous rencontrons dans l’usine. Seuls les dirigeants locaux connaissent nos difficultés, mais ils s’en moquent et exercent une mainmise sur de nombreux faux syndicats pour maintenir les salaires à un bas niveau. Nous avons besoin d’aide de l’étranger pour expliquer aux acheteurs que les salaires sont trop bas et que la pression sur notre syndicat est insupportable. »

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