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CAMBODGE - Oum Chan Sreyneth coud des vêtements Zara

Témoignage recueilli en février 2012

Oum Chan Sreyneth est une nouvelle recrue dans l'industrie de l’habillement. Il y a moins d'un an, la jeune fille de 20 ans a rejoint son frère et ses deux sœurs à Phnom Penh pour travailler comme couturière chez Wei Xin, un fournisseur de Zara. Mais les violations des droits au travail sont telles que les ouvriers se sont déjà mis en grève à deux reprises depuis son arrivée ...

"Combien je gagne par mois? Je ne sais pas. La direction ne nous donne pas de fiches de paye et quand on arrive à en avoir, on n’y comprend rien. Tout ce que je sais, c'est que je reçois 4,5 centimes pour 12 pièces cousues. C'est tout."

Cette affirmation peut sembler surprenante, mais le cas de Sreyneth n'est pas un cas isolé au Cambodge. Tout comme Wei Xin, de nombreuses usines profitent d'une main-d'œuvre pauvre, sans instruction, et souvent non syndiquée, pour refuser aux ouvriers leur droit fondamental à l'information.

En septembre 2010, Sreyneth et ses collègues se sont mis en grève pour protester contre ce manque de transparence. Ils ont également dénoncé le refus répété de la direction de leur payer les heures supplémentaires et de leur octroyer des contrats de plus de six mois.

"Nous sommes toujours confrontés à ces problèmes aujourd'hui. Le mois dernier, nous n’avons pas eu d'autre choix que de commencer une nouvelle grève de 15 jours. Il est difficile de faire grève parce qu’on ne reçoit que 30 dollars, et on a tous peur de ce qui peut arriver. Ici, tout le monde a un contrat de courte durée, et on peut être licencié facilement. Mais on n’a pas le choix. Heureusement, on a une antenne de la C.CAWDU dans l'usine. Ils sont là pour nous protéger. Avant leur arrivée, on était obligés de faire des heures supplémentaires non rémunérées tout le temps. Maintenant ça va mieux, mais il reste toujours des problèmes des salaires et de durée des contrats."

Etant donné les problèmes de transparence à Wei Xin, Sreyneth ne sait pas si elle reçoit ou pas le salaire minimum légal de 61 dollars par mois. En tant qu’ouvrière payée à la pièce, elle sait qu'elle peut gagner jusqu'à 120 dollars par mois lorsqu’elle travaille vite et qu’elle fait des heures supplémentaires.

"Je peux obtenir ce montant parce que je suis une ouvrière rapide. Mais de nombreuses collègues ne reçoivent que 80 dollars, parce qu’elles sont plus lentes ou souvent malades. Je suis aussi malade, mais je travaille tous les jours. J'ai une malformation du nez qui rend difficile ma respiration, et je souffre de maux de tête chroniques. Je suis allée chez le médecin et il m'a dit que j'avais besoin d'une intervention chirurgicale. Mais cette intervention me coûterait 200 dollars, que je n’ai pas. Donc je prends des remèdes traditionnels que ma mère achète dans la province, mais ça ne marche pas."

Les parents de Sreyneth vivent dans la province de Koh Kong avec la plus jeune de leurs filles. Tous les mois, ils doivent payer la mensualité d’une dette de 2000 dollars qu’ils ont contractée pour l’achat d’un four à gâteaux, et pour nourrir leurs cinq enfants.

"Quand on était enfants, on vendait des gâteaux avec mes frères et sœurs pour ramener un peu d’argent à la maison. Maintenant que je vis à Phnom Penh, j'essaye d'envoyer au moins 50 dollars par mois à ma mère pour rembourser la dette et couvrir les frais de scolarité de ma sœur. Mais le mois dernier, à cause de la grève, je n’ai rien pu lui envoyer ..."

Pour économiser de l'argent, Sreyneth partage une chambre avec son frère et ses deux sœurs aînées. "Nous avons réussi à trouver une chambre à 24 dollars par mois, de sorte que chacun d’entre nous paye 6 dollars de loyer. Ce n’est pas mal, et vu que la chambre est située à seulement 200 mètres de l'usine, le matin j'ai un peu de temps pour étudier l'anglais. J'ai commencé à apprendre l’anglais il y a quelques mois. Je prends aussi des cours le samedi et le dimanche soir. Ça me coûte 4 dollars par mois, mais c'est un bon investissement si je veux quitter l'usine. J'ai une cousine qui a étudié l'anglais et qui a rencontré un américain qui l'a épousée. Elle a pu quitter l'usine et maintenant elle a une vie meilleure. C'est pour ça aussi que j’apprends l'anglais."

Une vie meilleure. Loin des 2.000 riels [0,5 dollars] qu’elle peut à peine se permettre pour ses repas quotidiens. Une vie où elle pourrait s’acheter de nouveaux vêtements sans s’endetter. Une vie où personne ne lui crie dessus lorsqu’elle demande un congé maladie. Une vie où elle serait libre d'être syndicaliste sans subir de discriminations ou d’intimidations.

"Récemment la direction a demandé aux travailleurs de mettre leur empreinte digitale sur un papier blanc. Personne ne savait pourquoi. Mais aujourd'hui, nous savons que ce document sera utilisé pour prouver que nous avons quitté le syndicat. C’est un piège. Une fois de plus, ils essaient de nous piéger. J'ai refusé de le signer, mais d'autres l’ont fait. Ce n'est pas juste. "

"Voilà pourquoi nous nous sommes mis en grève au cours des derniers mois. La dernière grève a pris fin il y a à peine deux semaines, et je ne sais pas s’il y aura des améliorations. Mais en tout cas, ces grèves sont utiles, car nous apprenons à lutter pour nos droits, pour nos avantages sociaux. Nous voulons avoir des fiches de paye et comprendre ce à quoi nous avons vraiment droit. C'est tout ce que nous demandons."

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